Premiers regards : le documentaire pour déplier Madagascar
Madagascar invite d’un regard, fascine d’un autre, mais se laisse rarement saisir d’une seule prise de vue. Depuis plusieurs décennies, la photographie documentaire s’y déploie en miroir sensible d’une société multiple, stratifiée et encore largement méconnue depuis l’extérieur. J’y ressens chaque fois, devant ces images, la portée d’un récit collectif pris dans le vertige du réel : porteurs d’eau en pleine saison sèche, enfants sur les pistes rouges de la savane, foules d’Antananarivo aux heures mortes, visages marqués par l’histoire et pourtant ouverts sur demain.
Plus qu’un simple support d’archivage, la photographie documentaire malgache s’est affirmée comme un médium de questionnement, de transmission et d’engagement. Elle chemine sur des seuils : entre passé et présent, traditions et modernité, déploiement individuel et mémoire collective. Mais quelles questions traverse-t-elle ? Quelles obsessions ou douceurs s’y cristallisent ? Au fil de mes rencontres de terrain et d’un corpus d’œuvres exposées à Mahajanga, Tamatave ou Antsirabe, voici les thématiques dominantes que j’ai vues s’imposer, travaillées par des auteurs aussi variés que Pierrot Men, Rijasolo, ou Emmanuelle Andrianjafy.