Aux sources des couleurs : Madagascar et la fabrique insulaire du pigment
Il est des matins à Antananarivo où la lumière semble rallier à elle toutes les nuances du monde, à moins que ce ne soit la terre, avec sa palette profonde, qui impose son tempo à l’œil. Madagascar, vaste île forgée à la lisière des vents de mousson et des courants marins, a fait de cette terre un réservoir inépuisable de couleurs. Observer un marché au Sud, marcher dans une allée d’argile ou pénétrer dans un atelier de tissage, c’est toucher du regard et du doigt la permanence d’un usage subtil des pigments naturels.
Les pigments naturels malgaches racontent à la fois la géologie singulière de l’île, la mémoire des plantes et la patience des gestes hérités. À Madagascar, la couleur n’est pas un simple ornement : elle marque la matière, organise l’espace et donne au « vazaha » que je suis une clé d’entrée dans la compréhension intime des œuvres.