Bois, tissus, terres : les matériaux traditionnels réinventés
Le bois insulaire : du canot à la sculpture
À Madagascar ou aux Comores, la forêt primaire n’est plus qu’un souvenir menaçant de disparaître, et le bois précieux (palissandre, bois de rose, ébène) se fait rare, convoité jusqu’à l’épuisement (voir les rapports du WWF et de TRAFFIC sur la déforestation malgache). Dès lors, le bois flotté – vestige des cyclones, débris d’anciennes pirogues ou végétaux arrachés – occupe une place centrale dans la sculpture contemporaine, comme dans l’artisanat. À la Réunion, le filaos ou le tamarin servent à composer des marqueteries délicates ou des objets quotidiens revisités par les artistes plasticiens.
- Plein Sud (Maurice) : l’atelier d’art de Mahébourg valorise le bois récupéré comme mémoire vivante du paysage littoral.
- David Pandon : sculpteur réunionnais, il revendique « la patience du bois et la force de son odeur ».
- Bois de mangrove aux Seychelles : parfois utilisé comme support d’objets rituels ou d’œuvres de façade (source : Seychelles Art Projects Foundation).
Fibres végétales et textiles : dialogue du geste et du motif
Le textile, tissé, teint, brodé, occupe une place de choix sur l’ensemble de la zone : de la soie sauvage (« landy ») malgache aux étoffes chatoyantes du marché central de Port-Louis, en passant par le raban savouré à Rodrigues – une fibre de vacoas, exprimant autant la patience que l’inventivité. Les artistes contemporains n’hésitent plus à détourner des étoffes ancestrales, à jouer avec l’idée du costume traditionnel ou à recomposer de grandes installations faites d’assemblages textiles, comme l’artiste mauricienne Vaco Baissac, qui tisse des histoires sur des tissus teints au batik ou au tie and dye.
- Le raban (Maurice, Rodrigues) : une fibre extraite du vacoas (Pandanus), utilisée à l’origine pour la vannerie, et que nombre d’artistes transforment désormais en œuvres plastiques ou en bijoux contemporains.
- Sarongs, lambas, salouva : tissus portés ou supports de peintures (notamment pour les paréos peints à la main à la Réunion).
- Mosaïque textile malgache : certains artistes découpent et réassemblent de vieux lambas pour en faire de véritables mosaïques murales, mémoire fragmentée des lignages (cf. le travail de Voahirana Raharimbolatiana, Antananarivo).
L’argile, la terre, la latérite : modeler l’éphémère
La céramique – longtemps cantonnée aux usages domestiques ou aux rituels funéraires, notamment chez les Antemoro ou les Antandroy de Madagascar – connaît depuis deux décennies un renouveau artistique inattendu. Certains plasticiens réinventent la polychromie ancienne (utilisation de pigments naturels, d’ocres de latérite ou de cendres volcaniques) tandis que d’autres créent des installations éphémères où la notion de retour au sol est centrale : « Travailler la terre ici, c’est accepter aussi l’idée du passage, de l’usure du temps, de l’érosion », me confiait une céramiste de Saint-Leu.
| Matériau |
Îles principales d’utilisation |
Usages artistiques |
| Bois de filaos |
La Réunion, Maurice |
Sculpture, marqueterie, objets décoratifs |
| Vacoas / Raban |
Maurice, Rodrigues, Réunion |
Textile, vannerie, installation |
| Latérite |
Madagascar, Comores |
Céramique, sculpture, fresque |
| Lamba (tissu malgache) |
Madagascar |
Costume, support textile, collage |
| Corail et coquillages |
Seychelles, Maldives |
Assemblage, mosaïque, bijoux |