L’écorce, le bois, le souffle : matériaux organiques de l’art insulaire
Rien ne marque autant l’esthétique visuelle des îles de l’Océan Indien que l’omniprésence du bois, souvent travaillé avec humilité, parfois célébré jusque dans ses défauts. Ici, chaque essence raconte un pan de géographie humaine : le bois d’ébène de Madagascar – jadis or noir des routes coloniales –, le latanier des Seychelles, le takamaka aux courbes robustes sur les plages des Mascareignes, ou encore le bois de natte (Ravenala) qui structure cases et œuvres à La Réunion. Cette palette végétale façonne depuis des siècles objets rituels, instruments de musique, mobiliers d’apparat, mais aussi sculptures votives, frontons de cases typiques (voir « le lambrequin » créole).
- À Madagascar, le zafimaniry cisèle le palissandre et le hêtre dans un répertoire décoratif subtil, chaque motif devenant mémoire d’un lignage. Ce savoir a d’ailleurs été inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO (UNESCO).
- Les Comores et Mayotte illustrent le double héritage de la pirogue swahilie : le m’tsala, bateau taillé dans le tronc, n’est plus qu’ornement ou totem, incarnation d’une navigation disparue mais célébrée dans l’artisanat.
- À La Réunion et Maurice, le bois – jadis importé sous forme de caisses de sucre ou récupéré sur des épaves – servit de base à une esthétique de la récupération, réactualisée de nos jours par les jeunes artistes, comme Eliott Cohen, qui en fait le socle de son travail sur la mémoire collective.
Le bois, souvent soumis aux vents salés et aux cyclones, porte la marque du passage, de l’usure, de la résilience. J’ai toujours trouvé que ce matériau, dans sa simplicité, renferme la force d’une histoire — celle, d’abord, d’un écosystème et de ses usages, mais aussi d’une adaptation constante aux ruptures, qu’il s’agisse du commerce des esclaves, de l’industrialisation ou des conversions religieuses.