Au seuil d’un atelier côtier : la matérialité face au climat
Je garde en mémoire ce matin de décembre à Mahébourg, fenêtres grandes ouvertes sur le bleu laiteux du lagon, lorsque j’ai vu, posé contre un mur, un tableau dont la toile gondolait déjà, victime du souffle salin et de l’implacable moiteur de ces latitudes. Sur l’île Maurice, l’art ne s’invente jamais hors sol : il négocie chaque jour, parfois dans l’ombre, avec le climat. Chaleur humide, sel en suspension, variations de lumière et de vents : ces éléments façonnent depuis longtemps le choix des supports, sculptant une relation presque charnelle entre la matière et l’environnement.
Quiconque observe les ateliers d’artistes – qu’ils habitent dans les vallées de Chamarel, dans le chaos urbain de Port-Louis ou à l’ombre des filaos de Tamarin – perçoit vite la vigilance concrète à l’égard du support : le matériau sur lequel naît toute œuvre. À Maurice, créer, c’est choisir avec précaution où et comment inscrire sa trace face à l’humidité constante, aux moisissures furtives et à la mémoire du vent.