Première rencontre : la lumière mauricienne, entre insularité et mémoire
Dès le premier matin passé sur l’île Maurice, une impression s’impose, irréfutable. Il y a ici une lumière — verticale, saturée, d’une intensité soudaine, mais aussi capable, à la faveur des pluies et des brumes du plateau central, de se voiler d’une douceur grise évoquant les rivages du dehors. Ce miroitement subtropical, tantôt doré, tantôt plombé, a forgé pour beaucoup l’identité picturale de l’île.
Peindre Maurice, c’est donc d’emblée affronter la lumière et la multiplicité des mondes — créole, indien, africain, chinois, européen — qui s’y sont croisés. Lorsque je parle avec les artistes ou devant leurs toiles, ce qui frappe, c’est combien ils oscillent entre le désir de capter l’apparence immédiate et celui d’enregistrer la profondeur invisible, celle des mémoires, des conflits, des filiations souterraines.