Quand la lumière des îles façonne les motifs : introduction sensible à l’art pictural comorien
Il me semble que, pour aborder la peinture comorienne, il faut d’abord accepter de ne pas chercher une « école » homogène, ni un code rigide imposé par l’histoire de l’art occidentale. Aux Comores, la peinture n’a pas toujours été pensée comme un objet autonome, exhibé sur une cimaise. Longtemps, elle était d’abord geste, ornement ou trace au service d’un usage quotidien, d’un récit fondateur, d’une fête ou d’un deuil. Les éléments visuels qui caractérisent la peinture comorienne – que l’on parle des enduits muraux des demeures de Ngazidja, des feuilletons colorés de Mayotte, des tableaux figuratifs modernes de Moroni ou des grands pans d’abstraction – sont multiples, hybrides, et volontairement réinventés.
Avant de détailler ces éléments, il me semble fondamental de rappeler combien ce pays, archipel de l’Océan Indien balancé entre Afrique, monde swahili, Orient et France ultramarine, n’a rien d’un musée figé. Ce que l’on nomme « peinture comorienne » épouse donc le mouvement des routes maritimes, des croyances, des bouleversements de l’histoire et des imaginaires, tout en demeurant profondément insulaire, attachée aux rythmes et à la lumière de ses quatre îles principales.