1. Le sari : mémoire vivante de la diaspora indienne
L’île Maurice doit à la grande vague d’engagisme indien, amorcée au lendemain de l’abolition de l’esclavage en 1835, la présence aujourd’hui majoritaire d’une communauté d’origine indienne (selon le dernier recensement officiel, environ 68 % de la population mauricienne a des racines indiennes – source : Statistics Mauritius, 2022). Cette présence ne se lit pas seulement dans la toponymie ou dans le créole, mais aussi – et peut-être d’abord – dans la silhouette féminine : le sari, drapé ancestral, est la pièce maîtresse du vestiaire traditionnel pour la plupart des femmes indo-mauriciennes.
Concrètement, un sari mauricien est très souvent en coton fin ou en soie légère, orné de broderies et d’imprimés colorés. Il se porte lors des cérémonies religieuses hindoues (Divali, Holi, Maha Shivaratri), des mariages, mais aussi – de plus en plus – lors de réceptions familiales ou même de manifestations politiques où l’affirmation identitaire est mise en avant. Le sari est aussi devenu, pour une partie de l’élite mauricienne, un marqueur d’une indianité assumée, mais modulée : sur l’île, il n’est pas rare que le drapé se raccourcisse, que les tissus soient plus aérés en raison du climat, ou que le sari se mélange à des blouses plus occidentalisées, témoignage d’échanges et d’hybridations successives.
- Événements principaux : mariages, festivals religieux hindous, cérémonies de temple, parfois politique
- Matériaux : coton, soie, synthétique
- Styles : souvent adaptés au climat mauricien (matériaux plus légers, couleurs vives)
Ce vêtement fonctionne donc comme une archive vivante : on remarque, dans le choix des motifs (paons, fleurs de badamier), l’inscription du paysage local dans une tradition venue du Gujarat ou du Tamil Nadu. Mais si le sari circule, il n’efface pas totalement la modernité : l’un des paradoxes mauriciens est là, dans cette coexistence d’un vêtement-symbole et d’une créativité du quotidien, attentive autant à la fidélité qu’au pragmatisme.