1. L’éveil du recyclage poétique : matériaux pauvres, gestes riches
Si l’expression “art de la récupération” résonne depuis plusieurs décennies, c’est en 2024 qu’elle prend, autour de l’Océan Indien, une ampleur véritablement nouvelle. J’ai retrouvé la trace de cette dynamique dans les ruelles de Port-Louis, dans les arrières-cours de Saint-Denis, et jusque sur les plages de Mahajanga : partout, le rebut – plastique, métal, bois flotté, tissu effiloché – devient matière première pour des œuvres à la fois fragiles et frontales.
- Pratiques phares : L’artiste réunionnaise Yvette Técher, par exemple, modèle depuis ses “Qailloux” de Saint-Paul une figuration du vivant recomposé à partir de micro-déchets collectés sur la côte. À l’île Maurice, l’atelier “Trashformers” implique femmes et enfants des quartiers populaires pour redonner forme au plastique échoué, dont ils tissent murales et sculptures à la monumentalité douce (source : Le Mauricien, dossier “Viva l’Art”, mai 2024).
- Dimension poétique : Ces gestes s’enracinent dans les philosophies insulaires du care et du souci de continuer, là où chaque ressource compte et où chaque objet porte, parfois à son insu, une mémoire collective. Ici, le recyclage n’est pas seulement écologiste : il est aussi un acte de persistance culturelle et d’invention poétique.
Loin de la récupération ironique à l’occidentale, la démarche s’ancre souvent dans le maloya, le sega, les cultes syncrétiques qui apprennent à recomposer l’ancien dans le flot du présent. Cette tendance répond à la question que pose, en creux, la survivance insulaire : “Que faire avec la brisure ?”.