À l’orée du regard : pourquoi l’association décorative n’est jamais anodine
Dans la lumière basse d’une maison comorienne, le grain d’un kadjama (plateau sculpté) dialogue silencieusement avec celui d’un panier fait main, sans que nulle intention de « décoration » occidentale ne vienne troubler la scène. Trop souvent, pourtant, ceux qui croisent ces objets sur les marchés ou dans des hôtels d’outre-mer, croient pouvoir recomposer à leur gré une « ambiance comorienne » — en oubliant l’histoire tissée dans chaque fibre, chaque motif, chaque patine. Il m’a été donné de remarquer, lors de visites chez des expatriés, ou dans certains établissements où l’on promet « l’exotisme des îles », à quel point la juxtaposition d’objets déracinés produit une dissonance subtile. L’association décorative, dès lors qu’elle touche des objets porteurs de mémoire, est une opération risquée — et ce d’autant plus dans un espace, l’archipel comorien, où l’esthétique est indissociable de la fonction sociale, du rite, du récit.
Éviter les erreurs d’association, ce n’est pas simplement respecter un « bon goût », mais entrer dans un dialogue d’intelligences : entre le regard, la main et l’histoire. Voici ce que l’on gagne à laisser parler les objets, au lieu de leur imposer de nouvelles fictions.