Le bois : vivant, sculpté ou peint
Jamais le bois ne fut simple ressources sur ces rivages, tant il porte d’identités, d’émotions. S’il y a un fil que je retrouve d’île en île, c’est celui du bois sculpté ou ajouré, présence essentielle :
- À Zanzibar et dans l’archipel des Comores : Les lourdes portes sculptées de palissandre ou de teck racontent la prospérité swahilie, arabesques et motifs floraux ou coraniques évoquant les influences de l’Inde et de l’Arabie.
- À Madagascar : Le palissandre, le bois de rose ou le jacaranda se transforment en lambrequins — dentelles de bois suspendues à l’avant des maisons — ou en poteaux ornés de motifs zafimaniry, classés au patrimoine immatériel de l’UNESCO (source).
- Aux Mascareignes (La Réunion, Maurice) : Le “créole décor” allie lambrequins en bardage de bois de natte ou de filaos à des balustrades, fenêtres persiennes, élégance discrète forgée par l’humidité intense et les cyclones.
- Aux Seychelles : Le takamaka (Calophyllum tacamahaca), durable et esthétique, s’expose dans les poutres apparentes, volets et mobiliers, avec parfois un polissage qui fait miroiter la lumière du lagon.
Le bois est ainsi matière-mémoire : chaque veine raconte le mélange, le passage, parfois la disparition (comme celle du bois d’ébène, surexploité). Sculpteurs et menuisiers y laissent la trace de gestes hérités de lointains horizons : Indien, africain, malgache, français, chinois, arabes. L’unité n’est jamais uniformité.