1. Le khanga : écriture du quotidien et langage rituel
Difficile de pénétrer la vie comorienne sans croiser la présence familière du khanga (parfois orthographié kanga). A l’image de ses sœurs swahilies, cette étoffe rectangulaire en coton fin, imprimée de motifs et d’une sentence poétique, possède une omniprésence qui déroute tout voyageur attentif.
- Usages rituels : Le khanga devient vêtement des grandes fêtes (mariages, grand-mariage), enveloppe du corps lors des rituels de purification, accessoire pour porter les enfants, voire linceul pour les enterrements.
- Symbolique : À chaque impression correspond un message, tantôt bienveillant, tantôt satirique. Dans les cérémonies, le choix du khanga révèle des alliances, des voeux, la reconnaissance d’un statut.
- Origines : Issu du métissage des échanges entre l’Afrique de l’Est, l’Inde et l’Europe dès le XIXe siècle. On estime que plus de 20 modèles différents circulent sur chaque île, renouvelés à chaque saison (source : Textiles africains, Musée du Quai Branly).
La force du khanga réside dans son ubiquité et son adaptabilité : offert à la naissance, il revient dans les funérailles, il accompagne tous les instants de passage. Il est, comme l’a résumé la chercheuse kenyane Anne-Marie Peatrik, « un tissu-social », qui ne se réduit jamais à sa fonction ornementale.