Les gestes du tissage : lecture des irrégularités
Quiconque observe un lamba artisanal doit s’attarder sur le grain du tissu, la régularité du fil, le rythme des motifs. Le tissage manuel se fait principalement sur des métiers verticaux (parfois, sur des métiers à ceinture, en particulier pour les lamba landy). Les gestes n’impriment jamais la perfection froide de la machine.
Quelques signes tangibles :
- L’irrégularité du fil : à la différence du lamba industriel où la trame et la chaîne sont impeccablement alignées, celui tissé main laisse deviner de minuscules variations dans la tension des fils, de petits renflements, une aptitude à laisser circuler la lumière différemment selon les zones.
- Le passage du motif : sur les lamba à motifs (en particulier les lamba akotofahana), certains dessins géométriques voient leurs contours se déformer légèrement sur quelques centimètres, signe du geste humain et de la nécessité d’accommoder le fil à chaque passage.
- Les lisières et finitions : une lisière tissée main se termine rarement par une bordure parfaitement droite ou rigide. Les franges peuvent être plus désordonnées, intégrant parfois des perles de laiton ou de verre (dans certaines régions Betsileo ou Sakalava).
L’exemple du lamba akotofahana d’Ambohimanarina
Ce lamba à motifs en relief, emblématique des Hautes Terres centrales, exige un art du tissage particulier (hafa). Chaque section, chaque trait, chaque losange est réalisé fil après fil, dans une forme de patience obstinée. Dominique Ranaivosoa, tisserande réputée, évoquait pour L’Express de Madagascar (2018) les 3 à 6 semaines requises pour un lamba de deux mètres, à raison de plusieurs heures par jour, selon la complexité des motifs et la finesse du fil.