La soie sauvage : héritage des Hautes Terres
Si je ferme les yeux, je revois les mains patientes des fileuses de soie de la région d’Ambalavao, quelque part entre les collines arides du Betsileo. La soie malgache ne se résume pas, à la différence du cliché, à une ouverture sur la Chine. Elle plonge ses racines dans l’endémisme du Bombyx mori, mais surtout du Bombyx mandarina et plus encore du Borocera madagascariensis — le ver à soie sauvage, localement appelé landibe.
- Landibe : La soie du landibe, cette chenille endémique, produit une fibre rêche, résistante, de teinte naturellement ivoire ou crème. Utilisée principalement pour la confection du lambamena, le linceul funéraire, elle revêt une portée symbolique profonde. Ce grand tissu est traditionnellement tissé à la main, selon des techniques transmises entre femmes, échappant souvent à l’œil étranger. La collecte du cocon requiert une connaissance fine de la forêt et du cycle de l’insecte : une alliance intime entre tisserande et paysage.
- Soie cultivée : Appelée localement landy, la soie du ver à soie cultivé (Bombyx mori) est travaillée pour des textiles d’usage quotidien ou cérémoniel dans les Hautes Terres. Plus fine, plus régulière, elle se prête à la confection de lamba de fête, de vêtements ou d’accessoires raffinés.
Un fait marquant : la production de soie sauvage, qui fit la renommée de Madagascar dès le XVIIe siècle, déclinait gravement depuis les années 1970 sous l’effet de la déforestation et de l’appauvrissement des forêts de tapia, l’arbre nourricier du landibe. Les associations de femmes tisseuses, à l’instar de la coopérative de Soatanana, œuvrent actuellement à la préservation de cette chaîne délicate entre insecte, plante et tissage (cf. "Landibe : la soie sauvage malgache", Le Monde, 2021).