1. Le lamba : étoffe identitaire
Nombreux sont les voyageurs qui ramènent de Madagascar ces étoffes chatoyantes et généreuses : les lamba. Mais s’agit-il seulement d’un textile ? À Madagascar, le lamba est une seconde peau, un vêtement, un linceul, un emblème du lien social. Se draper d’un lamba, c’est renouer avec une tradition millénaire qui accompagne chaque étape de la vie, de la naissance à la mort.
La profusion de motifs et de coloris n’est donc pas qu’affaire d’esthétique. Les lamba mena (rouges) dessinent la solennité ; les lamba akotofahana révèlent, pour les connaisseurs, la virtuosité liée à la région centrale et aux castes nobles des Hautes-Terres ; les lamba arindrano sont tissés à partir de soie sauvage, matériau endémique extrait des forêts de l’Est. La technique du tissage, transmise de mère en fille, requiert patience et précision : les deux fils de la trame symbolisent parfois l’union des ancêtres et des vivants, une portée métaphysique discrète mais profonde (source : Musée d’Art et d’Archéologie de l’Université d’Antananarivo).
À l’intérieur, le lamba devient tenture, jeté de canapé, chemin de table, rideau. Il insuffle une douceur presque sacrée au lieu, invite à la conversation et à la contemplation. Suspendu, il s’anime de la lumière changeante des heures. Toujours, il rappelle que le décor peut être un acte de mémoire et de dignité.